Cosmopolitisation
La « cosmopolitisation » de St. John's
Jane Armstrong, The Globe and Mail, mars 2006, St. John's
Le paysage sauvage et la richesse historique de St. John's inspirent les artistes, les écrivains et les aventuriers depuis des siècles. Et ce qui pourrait marquer le premier rôle important de la ville en matière d'innovation technologique, c'est au sommet de la colline Signal que Guglielmo Marconi a reçu, en 1901, la première transmission radio transatlantique de Cornwall, en Angleterre, en attachant un récepteur à un cerf-volant.
Plus d'un siècle plus tard, St. John's attire une nouvelle « race » d'innovateurs intéressés aux occasions d'affaires dans le secteur pétrolier et gazier. Pour la première fois depuis des décennies, de jeunes diplômés universitaires et collégiaux, en particulier des ingénieurs, des scientifiques et des gens de métier qualifiés, trouvent l'emploi rêvé dans leur ville natale. « Terre-Neuve est un endroit cool », dit le rédacteur en chef Ryan Cleary. « C'est un endroit où les jeunes gens veulent se trouver en ce moment. » Ils achètent des maisons dans des banlieues comme les King William Estates, où l'arrière de maisons valant des millions de dollars donne sur un lac. Ils achètent aussi des bateaux, des kayaks et des motoneiges et en profitent ici, à Terre-Neuve-et-Labrador.
C'est ce que le consultant Mark Shrimpton appelle la « cosmopolitisation » de St. John's. « Cet endroit est beaucoup plus en vogue qu'il ne l'était cinq ans plus tôt », ajoute-t-il, le doigt pointé vers le port animé de St. John's, où les navires sont chargés de fournitures, à destination de l'un des trois projets pétroliers extracôtiers des Grands Bancs de Terre-Neuve.
Des entrepreneurs en communications et en océanographie se sont également établis ici, d'abord pour répondre aux besoins de l'industrie pétrolière. Un grand nombre de ces entrepreneurs trouvent maintenant des clients à l'extérieur de l'industrie pétrolière et gazière.
En décembre dernier, M. Shrimpton a rédigé un rapport à l'intention du partenariat du Canada atlantique pour la recherche pétrolière et gazière dans lequel il souligne les retombées économiques de l'industrie pétrolière extracôtière de Terre-Neuve-et-Labrador. Selon lui, le changement le plus profond à s'être produit est l'amélioration générale des compétences spécialisées des professionnels et des techniciens, laquelle est attribuable aux demandes de l'industrie pétrolière.
Un autre changement est le retour au bercail des professionnels et des entrepreneurs qui avaient quitté la province en raison de l'absence de perspectives de carrière. Jerry Byrne, président de l'une des entreprises de Terre-Neuve-et-Labrador qui connaît la croissance la plus rapide, a vécu aux États-Unis pendant près de dix ans avant de revenir à St. John's pour réorganiser la petite entreprise familiale spécialisée dans la fabrication du métal et les services maritimes. « Il y a cinq ans, nous n'étions qu'une entreprise familiale établie sur le bord de la mer », dit M. Byrne, qui a réorganisé et développé son entreprise afin de poser sa candidature pour le nombre croissant de contrats de l'industrie pétrolière et gazière qui représente aujourd'hui 50 p. 100 de ses activités.
Aujourd'hui, le groupe D.F. Barnes Group emploie 120 personnes. L'an dernier, M. Byrne s'est vu décerner le Prix de l’entrepreneur de l'année dans la catégorie Redressement d’entreprise d'Ernst & Young. Ses ventes doublent chaque année depuis 2001. Ses revenus dépassaient alors à peine un million de dollars, tandis qu'il prévoit des revenus d'environ seize millions de dollars en 2006. Cette année, l'entreprise a conçu un appareil de lancement et de récupération des véhicules sous-marins. L'appareil en acier à commande hydraulique de trente tonnes descend et récupère les véhicules (de la taille d'une fourgonnette) et il est utilisé dans les milieux qui sont trop profonds ou dangereux pour les humains.
M. Byrne dit que l'appareil de lancement et de récupération a été conçu en tenant compte des futures possibilités de fabrication, comme celles que procureront le projet Hebron-Ben Nevis et les projets de gaz naturel liquéfié et de gaz naturel comprimé. « J'ai attendu cela toute ma vie », souligne M. Byrne, qui n'a rien perdu de son accent terre-neuvien pendant son séjour en Virginie. « Nous commençons enfin à maîtriser nos propres ressources. »
L'arrivée de l'industrie pétrolière extracôtière a provoqué une augmentation des recherches en génie dont la plupart sont menées sur le campus St. John's de l'Université Memorial. Les ingénieurs qui travaillent à C-Core (Centre for Cold Ocean Resources Engineering), le Centre technique des ressources des océans froids étroitement associé à l'université, ont mis au point une méthode de surveillance des mouvements des icebergs au moyen d'images-satellites. Il s'agit d'une technologie essentielle pour l'industrie extracôtière, les icebergs pouvant endommager les puits de pétrole sous-marin s'ils frottent au fond de l'océan. Les scientifiques de C-Core utilisent la même technologie afin de suivre les mouvements de terrain pour les entreprises pétrolières, les changements pouvant endommager un pipeline. « C-Core a trouvé des applications à sa technologie de surveillance des icebergs en dehors de l'industrie pétrolière », déclare son PDG Charles Randell. Le mois dernier, on a eu recours à la technologie de surveillance des mouvements des icebergs de C-Core dans l'Antarctique lors de la compétition de voile Volvo Ocean qui se déroulait de Wellington, en Nouvelle-Zélande, à Rio de Janeiro.
Non loin du siège social de C-Core, dans un autre édifice de l'Université Memorial, le premier dirigeant de Trans Oceans Gas, M. Steve Campbell, a fait breveter un moyen de transport du gaz naturel utilisant des contenants de plastique renforcé de fibres sous pression. M. Campbell, un ingénieur qui a travaillé pendant des années dans les champs pétrolifères de l'Alberta, dit que l'idée lui est venue en voyant des autobus alimentés au gaz naturel. Leurs réservoirs de carburant étaient aussi fabriqués de plastique renforcé de fibres. M. Campbell prévoyait d'utiliser le même matériau pour faire breveter à une plus grande échelle. Trans Ocean Gas est une société fermée que M. Campbell espère rendre ouverte au public d'ici un an. À l'heure actuelle, le gaz naturel est transporté par pipeline ou par méthanier, ce qui est très coûteux.
M. Campbell dit que son mode de transport du gaz naturel faisant appel à des contenants sous pression réduirait ses coûts des deux tiers. Originaire de Terre-Neuve-et-Labrador, M. Campbell se dit heureux d'être de retour et de mener des recherches qui créeront peut-être un jour des emplois dans sa province.
